L’Allemagne peut-elle se passer de charbon ?

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Approvisionnement énergétique

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Julien Jakubowski
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L’Allemagne peut-elle se passer de charbon pour produire son électricité ? C’est la question posée dans un article du mensuel La Cité dans son numéro de décembre 2016 [1]. En 2015, les centrales à charbon allemandes fournissaient 42% de l’électricité nationale. La question de leur arrêt fait depuis longtemps débat, entre considérations environnementales, politiques et économiques. Le mouvement général visant à développer les énergies renouvelables et à réduire la contribution des énergies fossiles fait intervenir tout un paquet d’objectifs légaux, d’actions entérinées, d’actions en projet, d’idées, d’arguments et de critiques.

Objectifs

En Allemagne, c’est la loi sur les énergies renouvelables (EEG) qui définit les objectifs en matière de développement des énergies renouvelables [2]. Dans sa version de 2014, la loi donne comme objectif de porter à 80% la part des énergies renouvelables dans le mix électrique allemand d’ici à 2050, avec des objectifs intermédiaires fixés à 40-45% pour 2025, et à 55-60% pour 2035. Mais que l’on ne s’y trompe pas : les objectifs de la EEG 2014, qui peuvent paraître ambitieux, visent au contraire à ralentir le développement des énergies renouvelables, après leur (trop) prodigieux succès des années 2000. Les actions à prendre divisent alors les parties prenantes jusque dans les mêmes groupes politiques. La sociale-démocrate Barbara Hendricks, ministre fédérale de l’environnement estime que « l’Allemagne doit abandonner le charbon d’ici à 2050. » Pourtant, Sigmar Gabriel, social-démocrate également, vice-chancelier et ministre de l’économie, considère qu’il « est un peu ambitieux d’essayer de décrire la situation énergétique de l’Allemagne en 2050 dès 2016. »

Actions gouvernementales entérinées en matière de charbon

Quoi qu’il en soit, le gouvernement allemand a pris la décision, en 2015, de faire arrêter huit de ses plus vieilles centrales à lignite (une variété particulièrement polluante du charbon) mais de les maintenir en veille pendant quatre ans. Cette première action est qualifiée de timide pour certains députés, notamment du côté des Verts. D’aucuns dénoncent même une manœuvre destinée à subventionner des centrales en bout de course. D’autres députés estiment au contraire que la lutte contre le réchauffement global ne doit pas reposer uniquement sur la sortie du charbon.

Taxe climatique et rôle des compagnies électriques

Les partisans et les détracteurs du charbon s’accordent tous sur la conclusion qu’une taxe climatique mettrait les compagnies électriques en difficulté et les obligerait à fermer leurs centrales à lignite. Pour les défenseurs des entreprises du charbon et les syndicats de l’énergie, un tel scénario mettrait de trop nombreux emplois en péril. A cela, ils opposent plutôt l’idée que la transition énergétique a besoin de la participation des entreprises de l’énergie, et même l’idée que le charbon est le partenaire idéal de la transition énergétique, car il est bon marché, et contrebalance les prix élevés des énergies renouvelables.

Faire d’une nécessité une chance

Pour d’autres syndicats, la sortie du charbon peut être menée dans des conditions socialement acceptables. Selon eux, certains métiers vont certes disparaître, mais le développement des énergies renouvelables aura des répercussions positives sur le marché de l’emploi. Le coût des reconversions et des mises en retraite anticipées pourrait par exemple être assuré par la vente de certificats carbone [3]. Dans cette optique, des sociétés se sont formées avec l’aide des pouvoirs publics pour aider les entreprises du charbon à trouver des solutions aux bouleversements économiques en vue. La majorité des entreprises concernées emploient en effet entre quinze et vingt personnes, et sont par conséquent limitées en termes de capitaux et de capacités d’innovation.

Coût de la sortie du charbon

Selon certains universitaires, l’arrêt des centrales à charbon est trop coûteux pour les clients finaux, car une partie du charbon devrait être remplacée par du gaz, qui est une énergie plus coûteuse que le lignite local, qui doit être importée, et qui nécessite la construction de nouvelles centrales à gaz.

Au contraire, d’autres estiment que les calculs financiers relatifs à la sortie du charbon sont faussés, parce que le charbon est largement subventionné et que les effets de la pollution génèrent des coûts cachés.

Volatilité des énergies renouvelables

C’est un fait que le solaire et l’éolien n’assurent pas une production continue. Par conséquent, les installations de production nécessitent d’être couplées à des moyens de stockage à plus ou moins long terme, ou alors de bénéficier d’un surdimensionnement pour absorber le manque temporaire de soleil ou de vent. Pour certains universitaires, il n’existe actuellement pas de moyens de stockage à grande échelle, tandis que d’autres évoquent la technologie power-to-gas [4] et sa possible rentabilité dans un futur proche. Il reste un fait criant : les renouvelables ont fourni 32% de l’électricité allemande en 2015.

Références

[1] Déborah Berlioz, « L’Allemagne peut-elle se passer de charbon ? », La Cité, décembre 2016.

[2] « Loi pour le développement des énergies renouvelables (Loi sur les énergies renouvelables – EEG 2014) Gesetz für des Ausbau erneuerbarer Energien (Erneuerbare-Energien-Gesetz – EEG 2014) », août 2014.

[3] Notons que le marché des certificats carbone est, en Europe, aussi controversé qu’il est développé. Le principe de ce marché est simple : les entreprises reçoivent des droits à émettre du CO2 sous forme de quotas. Si elles dépassent leurs quotas, elles doivent acheter des droits supplémentaires sur le marché. Si elles restent en-deçà de leurs quotas, elles peuvent revendre leurs droits et en tirer un profit. Comme l’ont montré les journalistes de l’émission Cash Investigation (« Climat : le grand bluff des multinationales », France 2, 25 mai 2016), des entreprises qui ne sont pas à placer du côté des moins polluantes bénéficient, pour certains de leurs sites, de quotas en excès, qu’elles n’hésitent pas à revendre.

[4] La technologie power-to-gas permet de produire de l’hydrogène à partir d’électricité et d’eau (hydrolyse) ou du méthane, de stocker ce combustible dans des réservoirs, puis de l’utiliser pour alimenter des réseaux de chauffage à distance ou des turbines à cogénération (production de chaleur et d’électricité).

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